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UNE AMITIÉ AVEC JEAN COCTEAU

 

Cocteau
Une visite chez Jean Cocteau
In "Le Palais Royal raconté par Jean Cocteau vu par Véronique Filozof"
dessin p.77

 

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Texte de Jean Cocteau

Véronique regarde tour à tour par les deux bouts de la lorgnette. Elle y ajoute un troisième bout qui lui montre les choses sous ce signe du plus vrai que le vrai propre à notre siècle ... Car ce Palais-Royal  observé par quelque géomètre de l'enfance, c'est, non pas une image poéticolittéraire de nos immeubles, de nos arcades, de nos lanternes, de nos grilles, de nos boutiques, de nos pelouses, c'est peut-être le décor des Merveilleuses, des Incroyables, des Sans-Culottes, vu par l'oeil d'un des pigeons qui marchent de long en large, les mains dans le dos sous nos fenêtres. Il faudrait éditer les planches de Véronique Filozof aussi vastes que les planches originales, mais hélas, je crains que la lorgnette diminuante de notre triste époque n’empêche le spectateur de partager fidèlement son rêve.

J'habite ce Palais-Royal que Véronique Filozof nous montre à travers l'oeil d'un pigeon ou de sa personnalité enfantine et savante. Or bien que la poésie de cette illustre bâtisse soit traduite par elle dans une langue étrangère, elle ne m'échappe pas, sans doute en vertu de ce principe énoncé par Rilke et qui fait, disait-il, tous les poètes parler un seul idiome, même si chaque poète le transpose dans sa langue et le rend méconnaissable pour ceux qui n'appartiennent pas au collège des Muses. Le miracle de Véronique consiste à se faire voir de n’importe quel œil comme un poète se ferait entendre de n’importe quelle oreille. Cela vient de ce que l’amour qu’elle porte à notre jardin, projette son spectacle dans l’âme des Spectateurs avec une force émotive qui traverse le mur des langues et lui donne gratuitement et immédiatement la clef de son univers. 
(Le Palais royal raconté par Jean Cocteau vu par Véronique Filozof, Éd.Lambert-Schneider et Architectures d'aujourd'hui, 1959)