Le Corbusier

Biographie

Une vie, une œuvre

 

"J’ai un besoin, une envie de peindre, de dessiner."
Véronique Filozof
 

Pipou et Unra Nîmes Mas Gide1954
Véronique, avec la chienne Unra, Nîmes, 1954
Coll.privée

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De Véronika Sandreuter à...Véronique Filozof
 

"L’art est une abstraction de soi. Il doit rester une synthèse sur laquelle il faut créer. Il faut savoir tirer des conclusions, ôter ses faiblesses. Tout cela a l’air si simple. Mais c’est difficile, simplement difficile."
 

Véronique Filozof, née Véronika Sandreuter, est née le 8 août 1904, en Suisse, à Bâle, dans une famille établie depuis 1634 dans la ville. Son père Rudolf Sandreuter, maître-forgeron, issu d'une famille cultivée et musicien lui-même, l'élève dans l'amour des arts. Il lui fait découvrir les peintres exposés au Musée des Beaux-Arts de Bâle ainsi que les peintres contemporains, amis de son grand-oncle, le peintre Hans Sandreuter (1850-1901), surnommé le « Cézanne suisse ».
Elle fréquente avec sa sœur Élisabeth et son frère Hans, devenu peintre lui aussi, l'École des Beaux-Arts de Bâle pour y acquérir une formation par l'apprentissage de « la belle peinture ». Elle rencontre alors avec de nombreux peintres, notamment Charles Hindenlang, Numa Donzé, Théo Eblé pour lequel elle pose pour des portraits entre 1920-1922.
Venue en France, à Troyes,  pour se perfectionner en français, en 1922, elle y rencontre un bourguignon de Côte-d'Or, Paul Modin. De ce mariage naissent deux enfants, Paulette et Jean-Guy. Le couple divorce en 1937. En 1940, elle épouse Georges Filozof, ingénieur aux Mines de Potasse d'Alsace à Mulhouse.
En juin 1940, l'Alsace occupée par les troupes allemandes, elle doit quitter Mulhouse. C'est le début d'un long et éprouvant exode. Elle rejoint le Sud de la France, séjourne à Perpignan où elle retrouve une communauté d'alsaciens ; aux côtés de la Croix-Rouge Suisse, elle apporte son aide aux réfugiés, parmi lesquels de nombreux espagnols fuyant le régime de Franco, des juifs de toutes nationalités,  femmes et enfants.
Elle rejoint le Périgord en 1941, où son mari a été appelé pour diriger une mine de lignite. Elle se prend d'affection pour la région et ses habitants. Elle s'y fait de nombreux amis parmi la population, aidant les réfugiés, les résistants, en confectionnant habits et tricots dans un atelier de couture qu'elle ouvre ; sa connaissance parfaite de la langue allemande fut en cette période troublée particulièrement utile.
Elle fréquente en même temps les artistes périgourdins, parmi lesquels le poète Jean  Monestier et tous ceux que l'exode et la guerre avait conduits en Dordogne.
C'est de cette époque qu'elle tire sa première source d'inspiration, comme en témoigne l'ouvrage illustré Le Périgord noir.
De retour à Mulhouse en 1946, sa maison devient un salon littéraire réputé  « le Grenier de Véronique », qu'elle déplace au fil de ses voyages, à Zurich, à Paris et à Sarlat. Elle complète parallèlement sa formation en dessin et en peinture.
 

L'envol de " Véronique Filozof "

 

Autoportrait presentation

Autoportrait, Encre de Chine, 1965, 17 mai, 24 x 49 cm
Galerie Nouvelles Images

Coll.privée


"Il faut renverser les obstacles ; il faut abattre les montagnes et reconstruire « sa » montagne."

La vie enfin paisible, la guerre terminée, ses enfants devenus adultes, elle se met à dessiner et à peindre à plein temps. Elle a plus de quarante ans  et elle « travaille comme une forcenée », exprimant par le trait de sa plume ou d'un pinceau « un besoin, une envie de peindre, de dessiner », passion qui lui donne une énergie hors du commun.
 

"J’ai toujours beaucoup travaillé. C’est ma raison de vivre, ma prière, mon amour, mon amour pour les êtres, mon chemin vers les êtres humains, vers les êtres différents."

Elle rencontre, en 1948, Pierre Betz, fondateur de la revue artistique et littéraire Le Point, qui lui apporte sa confiance et lui écrit  : « Continuez, travaillez, vous êtes dans le vrai ». C'est l'année de naissance officielle de l'artiste "Véronique Filozof". Ses premiers dessins et toiles s'inspirent de textes de poètes, d'écrivains et de philosophes. Ses premières œuvres, très classiques, tiennent beaucoup de Matisse ou de Chagall.

"Je suis un paysan qui trace son sillon."

S'éloignant de plus en plus de sa formation classique, elle se détache des règles de la perspective et elle développe son style à partir de simples instruments : une plume Sergent-Major trempée dans l'encre de Chine noire.
Elle réalise sa première exposition en octobre 1949, à Sarlat. Le critique d'art Georges Besson l'encourage par ces mots :
« Véronique Filozof, vous n'avez pas du talent, vous avez du génie. Il faut dessiner, dessiner beaucoup ». Elle s'inscrit à un cours du soir de dessin et fréquente de nombreux artistes, peintres, écrivains, poètes, dont Paul Éluard.
 

"L’art juste est mouvement vers l’avant."

En 1951, elle expose pour la première fois à Paris, où elle reçoit appui et encouragements de Jean Dubuffet et se lie d'amitié avec Aristide Caillaud. Elle présente à Paris les dessins en noir et blanc du livre Le Périgord noir au sculpteur André Bloch et directeur de la revue L'Architecture d'Aujourd'hui qui édite le recueil en 1954. Elle retrouve à Paris Paul Éluard et rencontre André Malraux, Louis Aragon, Colette, Jean Cocteau et Jean-Paul Sartre, entre autres.

"Seul le travail peut convaincre. C’est la raison pour laquelle je travaille beaucoup."

Cocteau lui écrit : « Je te dis « tu » parce que j'aime ce que Tu fais ». S'ouvre dès lors la route vers une reconnaissance artistique. Elle rencontre la peintre Aurélie Nemours avec laquelle elle se lie d'amitié, fréquente de nombreux artistes comme Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, attaché comme elle à la ville de Bâle. Elle est amenée à travailler avec Le Corbusier en particulier pour une crèche placée en 1956 dans la chapelle de Notre-Dame-du-Haut, à Ronchamp (Haute-Saône), chapelle dont elle réalise une série de dessins acquis par l'État. Voir aussi Galerie, art sacré.
Outre de fréquents allers-retours entre Mulhouse, Paris, Sarlat, elle parcourt la France, la Suisse et l'Europe, pour dessiner, illustrer des livres, présenter son travail dans des Salons ; elle expose dans de nombreuses galeries d'art en France et à l'étranger, ainsi qu'à la demande de municipalités et musées. Voir aussi : Expositions.

Elle installe son domicile et un atelier à Paris, dessine avec passion cette ville qu'elle aime tant et où elle a de nombreux amis, y présentant régulièrement ses œuvres.

 


Veronique a son atelier pres de dijon talmay 1960
Véronique à son bureau, "en vacances", à Talmay (Côte d'Or, 1960)
Coll.privée

"En 1958, j’ai découvert mon graphisme. En 1968, je l’emploie pleinement."

Elle expose en juin 1956 sous la bannière « Peinture d'aujourd'hui », rendez-vous artistique de 112 peintres, où elle confirme son talent aux côtés d'artistes déjà célèbres : Picasso, Max Ernst, Bernard Buffet, Jean Cocteau, Miró, Van Dongen, Vlaminck… Elle participe, dès 1960, au Salon Comparaisons. L'éditeur Robert Morel, publie certaines de ses œuvres comme Véronique Filozof au zoo, en 1965. Son activité créatrice prend alors tout son essor, s'exerçant, au-delà de nombreux dessins et illustrations de livres, dans des fresques décoratives ou avec des tapisseries réalisées par l'atelier de Tapisserie d'Aubusson de François Tabard, La Nuit charbonneuse, par exemple.


"Pour arriver à faire un petit quelque chose, il faut travailler sans relâche."

Au fil du temps, elle s'intéresse à des supports de plus en plus variés aux formats de plus en plus grands, des feuilles de papier Canson aux vitraux et aux fresques où elle se dépensera sans compter. Elle travaille sur des décors muraux de grande taille, comme à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), pour la fresque d'une école maternelle, en 1972, ainsi qu'aux Pays-Bas (La Haye), dans un hôpital et dans une maison de retraite, en 1974.
La fatigue et la maladie ont alors raison de sa santé et de son dynamisme. Ayant réalisé en forme de testament sa dernière œuvre La Danse Macabre, elle s'éteint à Mulhouse, le
 

Hommages
 

Panneau
Panneau dans le quartier médiéval de Sarlat (Dordogne)
 

"Pour que la femme soit reconnue dans une carrière quelle qu’elle soit, il faut beaucoup de talent et qu’elle travaille beaucoup plus qu’un homme pour convaincre...
Elle se trouve seule avec sa création et dans une lutte perpétuelle pour maintenir sa position si durement acquise."


Elle reçoit deux fois le prix du meilleur livre suisse pour enfants, en 1962, avec Les Fables de La Fontaine, puis, en 1965, avec Le Vogelgryff.
Un hommage lui est rendu par la municipalité de Sarlat, en 1977, au théâtre municipal, puis en 1978, par la Société industrielle de Mulhouse à la galerie A.M.C. et par le Salon d'Art sacré de Paris.

À Sarlat, en Dordogne, la Cour Véronique Filozof, au cœur de la cité médiévale, lui est dédiée.
À Mulhouse, l'école maternelle Véronique Filozof, porte son nom.
Au cimetière protestant de Mulhouse, où elle a été enterrée en janvier 1977, sa tombe, sur laquelle est reproduit l'un de ses dessins, est protégée par la ville au regard de sa mémoire et de son histoire.

Les citations de Véronique Filozof sont extraites du livre : Modin, Jean-Guy, Véronique Filozof ma mère.

Voir aussi : Bibliographie.

 

Commentaires (1)

tere isabelle
  • 1. tere isabelle | 04/02/2016
De jolis textes pour décrire une femme extrèmement moderne et talentueuse.

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EXPOSITION AU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MULHOUSE
du 07/10/2017 au 15/01/2018